La saga tragi-comique des « OGM cachés »

Ce texte vient en remplacement de : « OGM cachés des relents idéologiques alarmants », publié en mars 2012. Afin de tenir compte de l’évolution à la fois scientifique et juridique de la situation une rédaction très remaniée était nécessaire.

En 2010, tous les anti-OGM, dont les « faucheurs volontaires », sans doute très déçus de ne plus avoir d’OGM à se mettre sous la dent (ils avaient été interdits à la culture en France depuis 2008), ont fait une nouvelle trouvaille qu’ils ont dénommée «OGM cachés» ou «OGM clandestins». Ce fut le point de départ d’une nouvelle saga devenue au fil du temps de plus en plus délirante jusqu’à se retourner contre ses auteurs. Aboutissement cocasse de ce qu’il faut bien appeler une histoire de fous, au pluriel car dans cette saga les fous sont nombreux, depuis les anti-OGM de base et leurs mentors de l’industrie du « bio », jusqu’à la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE).

Pour comprendre, il faut reprendre les choses depuis le début. En juillet 2010 et juillet 2011, en Indre et Loire et à Feyzin dans le Rhône, des « faucheurs volontaires » ont commis plusieurs arrachages de cultures qui visaient deux variétés de tournesol. La variété Clearfield, obtenue à partir d’un mutant apparu spontanément dans un champ et tolérante à un herbicide, l’Imazamox (Pulsar 40) et la variété Express Sun, tolérante à un autre herbicide, le tribénuron-méthyle. Dans ce dernier cas, la tolérance a été obtenue par mutagenèse expérimentale sur graines (donc in vivo) avec un agent mutagène chimique bien connu des généticiens : l’éthylméthanesulfonate (EMS). Ces deux tolérances sont intéressantes pour l’agriculteur car elles permettent de lutter contre l’ambroisie, sensible à ces deux familles d’herbicides. L’ambroisie est une plante originaire d’Amérique du Nord, elle a été importée fortuitement en France au XIXe siècle et s’est depuis répandue dans de nombreux départements. Elle pose des problèmes agronomiques, en tant que mauvaise herbe très envahissante, mais aussi et surtout de très sérieux problèmes sanitaires car son pollen est fortement allergène. Ces deux variants de tournesol n’étaient donc pas du tout des plantes génétiquement modifiées (PGM) dans le sens habituel du terme, c’est à dire transgéniques. Les arracheurs leur ont attribué le qualificatif d' »OGM cachés » qui s’est depuis étendu à de nombreuses autres variétés cultivées.

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La biodiversité entre faits et extrapolations

Un certain nombre de termes, souvent utilisés « au petit bonheur la chance », font en permanence la une des médias et des réseaux sociaux : OGM, biodiversité, sixième extinction, etc. Les OGM sont déjà longuement abordés dans ce blog avec deux textes dont un sur les prétendus « OGM cachés ». Nous allons aborder ici la question de la biodiversité, terme qui est une contraction de « diversité biologique » et qui recouvre trois niveaux du vivant.  La diversité infraspécifique, c’est à dire la diversité génétique à l’intérieur d’une espèce vivante. La diversité interspécifique qui désigne la pluralité des espèces vivantes de la planète. La diversité des écosystèmes c’est à dire les divers ensembles d’organismes vivants, animaux, plantes et micro-organismes, qui interagissent entre eux et avec le milieu dans lequel ils vivent. Pour plus d’informations sur les ambivalences de ce terme de biodiversité, on peut consulter deux textes dans l’Encyclopédie de l’Environnement, l’un de Jacques Joyard de l’université Grenoble-Alpes, l’autre de Jacques Blondel de l’université de Montpellier. On peut également voir une vidéo, pédagogique et ludique à la fois, de la chaîne de vulgarisation scientifique Hallucigenia, réalisée en collaboration avec l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS).

Ce texte concernera exclusivement la biodiversité interspécifique. Plus précisément, il sera focalisé sur les questions du nombre d’espèces vivantes existantes et de la proportion de celles qui seraient menacées d’extinction. Des sujets très médiatisés, sur un mode très alarmiste, par les médias grand public et des ONG, sur la base de déclarations d’organismes internationaux considérés comme des références en la matière. Qui n’a entendu parler « d’effondrement de la biodiversité », voire de « disparition du vivant » ? Quelle est la part du factuel et des suppositions sur ce sujet ? C’est ce que nous allons tenter de comprendre en abordant quatre questions.

1) Combien connaît-on actuellement d’espèces vivantes ?

2) Que sait-on du nombre total d’espèces existantes ?

3) Que sait-on sur les espèces menacées d’extinction ?

4) Peut-on estimer la quantité totale d’espèces menacées d’extinction  ?

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Le côté obscur du monde de la recherche

Depuis les années 1990, il est beaucoup question du problème de l’intégrité dans la recherche scientifique et à juste titre car il devient vraiment préoccupant. En début de cette année 2018, à un mois d’intervalle, nous avons pu entendre à ce sujet, sur France Culture, deux hauts responsables de la recherche. Le Professeur Antoine Petit, nouveau président de l’un des plus grands organismes publics de recherche en France (CNRS) et le Professeur Pierre Corvol du Collège de France, auteur d’un volumineux rapport sur le sujet. Ce rapport avait été remis en 2016 à M. Thierry Mandon, alors Secrétaire d’État à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche et avait abouti à la création de L’Office Français de l’Intégrité Scientifique (OFIS). Aux USA, un organisme équivalent avait déjà été mis en place dès 1992 et, depuis cette date, deux conférences mondiales se sont tenues sur cette question, ce qui traduit bien l’inquiétude générale. Dans leurs interventions radiophoniques, ces deux hauts responsables affirmaient qu’à partir du moment où une fraude était avérée, il ne fallait pas hésiter à sanctionner très sévèrement le ou les chercheurs coupables. Mais le rapport de Pierre Corvol, comme les deux interventions radiophoniques et les articles de presse sur le même sujet, ne couvrent qu’une partie des problèmes liés à l’intégrité scientifique. Ils n’évoquent jamais ceux qui concernent les instances d’évaluation et cette lacune m’a incité à écrire ce billet. Les fraudes dues aux chercheurs eux-mêmes ne seront donc que brièvement évoquées ici.

1) Les divers types de fraudes

Les fraudes liées à la pratique de la recherche sont de nature et d’importance très diverses. Elles peuvent aller d’un simple «lissage» des résultats expérimentaux, pour les rendre plus convaincants, jusqu’à une invention pure et simple de résultats, avec toutes sortes de situations intermédiaires. Il n’y a guère que deux types de cas où les preuves de fraudes peuvent vraiment être obtenues. L’un est l’invention de données, dont on connaît quelques exemples célèbres, le plus récent (2018) concernerait un archéologue qui aurait, paraît-il, fabriqué des faux pendant 50 ans de carrière ! L’autre type de cas est le plagiat de résultats d’autres chercheurs. Par contre, les cas intermédiaires sont beaucoup plus difficile à déceler et plus encore à prouver. L’un des plus fréquents, à ma connaissance, est la sélection des données publiées. C’est le cas lorsqu’un chercheur obtient, sur un phénomène donné, des résultats contradictoires selon les expériences et ne retient que ceux qui laissent croire à un phénomène scientifiquement intéressant et qui peuvent donc faire l’objet d’une publication. Pour ce type de cas, comme pour le «lissage» ou «l’embellissement» des résultats, certains scientifiques dont Alain Fuchs, ancien Président-directeur général du CNRS de 2010 à 2017, préfèrent parler de «méconduites scientifiques». Ils réservent le terme de fraude à l’invention de résultats. À mon sens, cette différence d’appréciation n’est pas justifiée, choisir les données à publier en omettant celles qui les contredisent revient bien à inventer des résultats, et cela peut se transformer en une grave escroquerie, comme dans le cas décrit plus loin. Ces cas intermédiaires ne sont pas rares et tous les chercheurs le savent. C’est l’une des raisons qui explique l’omerta qui règne dans le milieu scientifique sur cette question, car la «méconduite» d’un seul chercheur peut entacher l’image de tout un laboratoire, avec toutes les conséquences concrètes, y compris financières, qui peuvent en découler.

Le lecteur qui veut avoir des informations sur des cas récents de fraudes, avérées ou non (car il y a aussi des dénonciations mensongères), pourra se reporter aux articles de presse qui concernent les cas d’Olivier Voinnet, de Catherine Jessus et d’Anne Peyroche (et plus récemment cet article). Mais, dans les cas où la fraude est avérée, on ne doit pas oublier le rôle très néfaste que joue la pression exercée par l’idéologie dominante, celle de la concurrence, de la compétition et du chacun pour soi. Bref le « darwinisme social » (bien mal nommé car c’est en fait du spencérisme) qui imprègne de plus en plus nos sociétés et qui est de plus en plus célébré au plus haut niveau de l’État. Dans ce contexte idéologique les chercheurs sont pris dans un engrenage qui leur ôte toute liberté d’esprit, surtout s’ils sont débutants et donc en situation de précarité. Cela se traduit par la fameuse expression anglaise « publish or perish » (traduction superflue je présume). Mais nous touchons là à une vaste question socio-politique qui dépasse largement le cadre de ce texte.

Comme je l’ai dit plus haut, le propos de ce billet n’est pas tant de parler des fraudes dans la pratique des chercheurs que d’attirer l’attention sur un problème qui n’est jamais évoqué publiquement à propos d’intégrité scientifique et qui concerne les commissions d’évaluation. Si les organismes publics de recherche veulent sévir contre les atteintes à la probité de la démarche scientifique il doivent, en tant qu’institution, commencer par balayer devant leur porte. Ils ne peuvent faire l’impasse sur ce qui se passe dans leurs propres instances officielles et considérer qu’elles sont intouchables. Ils doivent s’assurer qu’elles sont une référence d’intégrité, or c’est loin d’être toujours le cas et c’est bien connu dans le milieu scientifique.

2) Des instances d’évaluation au dessus de tout soupçon, vraiment ?

Dans les années 1980, j’ai personnellement siégé dans une commission d’évaluation de l’un des grands organismes publics de recherche (CNRS) et plus sporadiquement dans un autre et il est clair que l’impartialité n’y est pas toujours de mise, loin de là. On assiste parfois à des manipulations manifestement concertées avant la réunion officielle entre gens qui sont là beaucoup plus pour servir leurs intérêts personnels (voire régler des comptes), que pour faire une évaluation objective et impartiale. Une commission comprend généralement une vingtaine de membres, mais pour chaque dossier deux ou trois seulement en ont vraiment connaissance, parfois un seul. Pour des thèmes scientifiques originaux ou complexes, tout repose sur la compétence et l’honnêteté du ou des rapporteurs, qualités ne sont pas toujours au rendez-vous. Cela permet bien des mauvais coups contre des chercheurs ou des labos, mais parfois aussi l’inverse : c’est à dire protéger des chercheurs très douteux. Je me souviens du cas d’un personnage un peu charlatanesque dans un très célèbre institut, soutenu pendant longtemps par des personnalités éminentes. A ce titre, il avait bénéficié, au fil des années, de rapports favorables dans les commissions dont il relevait. Il avait pu ainsi abuser beaucoup de monde pendant une bonne partie de sa carrière, jusqu’au jour où une commission a fait sérieusement son travail et l’a publiquement déjugé. Le degré de déontologie des instances d’évaluation est très variable, il dépend beaucoup de l’attitude de quelques membres influents. La personnalité et la probité du (ou de la)  président(e) sont évidemment déterminants. Une des situations les plus graves est celle où le président lui-même s’est compromis dans la fraude scientifique. Il peut alors utiliser sa position pour bloquer toute équipe dont les recherches pourraient mettre sa fraude en évidence, comme nous allons en voir un exemple.

Ce problème des instances d’évaluation est un sujet important et on ne peut se contenter de vagues propos. Je résume donc ici un cas concret, que j’ai eu à connaître, tous documents à l’appui, et qui me paraît particulièrement significatif de la gravité des dérives possibles.

Un jeune chercheur du CNRS, recruté depuis trois ans, apprend oralement qu’il vient d’être l’objet d’une évaluation très négative par sa commission de rattachement. Quand, deux mois après, il en a confirmation écrite et peut enfin consulter son dossier, (délai anormal dû au président qui avait conservé le dossier, contrairement aux règles de l’institution), il s’aperçoit qu’il contient deux rapports. L’un scientifiquement correct et favorable, l’autre erroné et très défavorable, exigeant qu’il change de laboratoire. Il constate avec stupeur que l’auteur du rapport correct a également cosigné le rapport erroné. Situation tout à fait anormale, qui pose évidemment la question de savoir quelles pressions l’ont poussé à cet acte déontologiquement grave (la réponse est sans doute à chercher dans le délai anormal de deux mois). La commission a statué sur la base de l’intervention de l’auteure du rapport erroné car elle se prétendait spécialiste de ce thème de recherche, tout à fait à tort comme le prouvaient les erreurs de son rapport.

Pour bien comprendre les ressorts de cette affaire, il faut savoir que ce président était en grave conflit d’intérêt avec l’équipe évaluée. En effet, la première publication du chercheur sanctionné portait sur le même sujet que l’équipe du président de la commission et donnait des résultats expérimentaux contredisant la première publication de cette équipe. Celle-ci avait elle-même obtenus des résultats équivalents, ils étaient même décrits dans une thèse, mais systématiquement déniés dans les publications ultérieures. Le président et son équipe étaient donc en situation de fraude scientifique par dissimulation de données expérimentales qui contredisaient leur première publication sur ce thème de recherche. Ceci remonte à une vingtaine d’années. Je ne résume ici que les faits les plus marquants, dûment attestés par des documents écrits. Il faut cependant y ajouter une virulente campagne de calomnies menée par le président à l’encontre du directeur du chercheur, auprès de certaines personnes bien choisies (rapporteurs et membres de la direction scientifique), qui a lourdement pesé sur la tournure des choses.

La décision prise (l’obligation pour le chercheur de changer de laboratoire) était grave, car elle avait entraînée la disparition de cette équipe (but très manifestement recherché par le président). A titre de comparaison, c’est un peu comme si un tribunal délibérait en l’absence de l’accusé et de son avocat et condamnait sur la seule foi d’une fausse accusation, sans même que les jurés aient connaissance du dossier et sans aucune possibilité pour l’accusé de faire appel.

Cette décision était d’autant plus aberrante scientifiquement que les travaux de ce chercheur avaient aboutis à la première mise en évidence d’un phénomène biologique important dans le règne animal. Ils avaient d’ailleurs été publiés peu après dans une revue spécialisée de haut niveau. Le rapport erroné ne faisait aucune mention de ces résultats importants, il contenait par contre d’importantes erreurs factuelles, ainsi que des considérations très subjectives n’ayant pas leur place dans un rapport scientifique. La lecture du rapport montrait à l’évidence que la rapporteure était d’une rare inculture scientifique et n’avait pas sa place dans une instance d’évaluation.

En trois ans de recherche depuis son recrutement, ce chercheur avait donc publié deux articles dans des revues réputées pour leur exigence. On comprendra que je ne puisse donner plus de précisions scientifiques par souci de préserver l’anonymat du chercheur concerné qui est toujours en activité, donc vulnérable.

Ce cas particulier est édifiant à double titre car on y retrouvait aussi la fameuse omerta et cette fois au plus haut niveau de la hiérarchie. En effet, face à cette accumulation de forfaitures, le directeur de l’équipe visée était intervenu par courrier auprès des plus hauts responsables du CNRS ainsi qu’auprès du ministère de tutelle. Seul le président du CNRS avait répondu. Il déclarait dans sa réponse qu’une nécessaire réforme du fonctionnement des commissions était en préparation (une situation politique imprévue y a mis fin) mais ne demandait aucune enquête sur le cas en question. C’était en quelque sorte une omerta polie, dans la droite ligne de l’idée, souvent entendue, qu’il ne faut pas remettre en cause l’autorité des commissions d’évaluation. Ce qui revient bien sûr à un refus de contester l’autorité de l’organisme lui-même. Une position très répandue quand il s’agit d’institutions régaliennes (armée, police …) mais qui est totalement incongrue pour un organisme de recherche scientifique.

Ceci se passait à la fin des années 1990 et il ne semble pas que les règles de fonctionnement de ces instances d’évaluation aient évoluées depuis. Si les responsables des grands organismes nationaux de recherche devaient continuer à laisser faire, dans le plus grand silence, toutes sortes de malversations, ils ne pourraient avoir l’autorité morale nécessaire pour dissuader la fraude chez les chercheurs. Une réforme à minima serait de mettre en place des instances d’appel pour les cas où des commissions d’évaluation ferait de graves entorses à la déontologie. L’OFIS, cité plus haut, devrait pouvoir remplir ce type de fonction.

Il faut bien prendre conscience que dans un contexte idéologique où la science est déjà très contestée, la question soulevée ici n’est pas du tout anodine. Le laxisme dans la probité scientifique, surtout de la part des institutions elles-mêmes, ne peut qu’entamer encore plus leur crédibilité et donner des armes aux courants antiscience.

 

Encyclopédie de l’environnement

Ce court billet pour signaler la création d’un site en accès libre traitant des questions environnementales. Il est conçu et mis en œuvre par des scientifiques et parrainé par l’Université Grenoble-Alpes. Cette encyclopédie de l’environnement comporte huit rubriques traitant chacune d’une composante essentielle de notre environnement : air, eau, sol, climat, physique, vivant, santé, société. A ce jour (décembre 2018), 140 articles sont en ligne complétés par 78 focus, beaucoup d’autres sont en préparation. Tous les textes sont écrits par des scientifiques spécialisés dans les sujets traités; Ils permettront aux lecteurs de disposer d’informations fiables et d’être en mesure d’exercer leur esprit critique sur un sujet qui prend de plus en plus d’importance et qui est bien souvent mal traité (en 2 mots comme en 1 seul) par les médias.

Je profite de cette annonce pour ajouter quelques commentaires plus personnels. Cette initiative était devenue nécessaire dans le contexte actuel. Il règne en effet sur les questions environnementales une énorme confusion, créée et entretenue par des organisations à intérêts divers, politiques ou commerciaux (le cumul n’étant pas interdit !), qui déclarent tout et son contraire sur ce vaste et important sujet. Déclarations abondamment relayées par les médias, d’autant plus fortement qu’elles sont plus génératrices d’inquiétudes. C’est très bon pour l’audimat, donc pour les recettes publicitaires. Un véritable commerce de la peur s’est ainsi développé et prend des proportions qui peuvent légitimement inquiéter pour au moins deux raisons. D’une part, ces campagnes de désinformation entraînent les dirigeants politiques à prendre des positions démagogiques dommageables, d’autre part elles alimentent un dangereux courant antiscience, de plus en plus tapageur et parfois violent. Les groupes associatifs ou politiques qui mènent ces campagnes se réclament de l’écologie. Or l’écologie est une science, née à la fin du 19e siècle, suite aux théories de Lamarck et surtout de Darwin, et ces campagnes de peur sont theologie-naturelleaux antipodes de la démarche scientifique. Non seulement par les arguments avancés, mais plus profondément par la vision de la nature qui les anime. Une vision toute imprégnée de la théologie naturelle, pensée religieuse dominante jusqu’à Darwin. Elle prônait la croyance que tout est harmonie dans une Nature créée par intervention divine. Sous-entendu : toute intervention de l’homme est sacrilège. Il faut vraiment n’avoir aucun sens de l’observation pour croire que la nature est bonne et harmonieuse, et il faut être fortement imprégné de culture biblique pour considérer que l’homme est extérieur à cette nature. En d’autres termes, tous ces marchands de peur sont encore tout pénétrés de relents créationnistes sans en être conscients.

En bref, le terme « écologie » est littéralement usurpé à des fins politiques ou commerciales. C’est au point que les chercheurs de cette discipline, depuis déjà longtemps, ont préféré renoncer au qualificatif d' »écologistes » et le remplacer par celui d' »écologues ». Un abandon défaitiste, lié en partie à des problèmes internes à cette discipline, qui a été peu judicieux et se trouve à l’origine d’un malheureux malentendu chez le grand public. Ainsi, la plupart des gens s’imaginent que lorsqu’un parti ou une association s’exprime au nom de l’écologie, c’est en s’appuyant réellement sur des connaissances scientifiques, alors que c’est très rarement le cas. On trouvera beaucoup plus d’informations sur ce sujet dans deux ouvrages clés :

-L’écologie est -elle encore scientifique ? de Christian Lévêque, publié en 2013 aux éditions Quae.

L’écologie kidnappée de Georges Guille-Escuret, publié en 2014 au PUF.

Croyances et démocratie

9782130607298La principale raison d’être de ce blog étant de démystifier les « croyances, superstitions et dérives médiatiques » dans les domaines qui touchent à la Génétique, et ils sont nombreux, je me devais de signaler un livre qui va bien au-delà de ce champ de compétences et dont la lecture est à la fois agréable et stimulante, voire même très surprenante par moments. Il s’agit de « La démocratie des crédules » de Gerald Bronner. Cette lecture intéressera tous ceux qui veulent aiguiser leur esprit critique pour faire face à ces avalanches de croyances, plus délirantes les unes que les autres, auxquelles nous sommes confrontés en permanence avec les média et certaines ONG,  surtout depuis le développement d’internet. Lire la suite

Le maïs, le petit papillon et les méchants champignons – Fable italienne très édifiante

Dans l’article « OGM, fantasmes et réalités », j’avais évoqué la dangerosité alimentaire des mycotoxines dont certaines sont à la fois cancérogènes, neurotoxiques, et autres joyeusetés. C’est le moment d’y revenir à la lumière d’un énorme scandale sanitaire qui agite l’Italie et dont nous n’avons aucun écho en France. Le directeur d’une coopérative agricole regroupant 16 producteurs a été emprisonné et une vingtaine d’autres personnes sont, à des degrés divers, poursuivies par la justice. Près de 300 carabiniers sont mobilisés pour effectuer des dizaines de perquisitions. L’affaire est donc de taille et sous la pression publique, l’enquête est menée grand train et en profondeur, du moins on peut l’espérer. Lire la suite

Le VIH ? Une invention des chercheurs !

A propos des courants antiscience qui ont fait l’objet de l’article précédent, juste une petite anecdote bien significative des outrances où ils peuvent mener et des dangers très concrets qu’ils peuvent représenter.

Il y a quelque temps j’assistais, en simple auditeur, à un débat organisé par le comité local d’ATTAC d’une ville voisine sur l’industrie pharmaceutique et les médicaments. Au moment où la discussion est arrivée sur les médications anti-SIDA, une participante a déclaré haut et fort que toutes ces thérapies ne pouvaient être que nocives car le VIH n’existait pas. Ce n’était qu’une invention des scientifiques et de l’industrie pharmaceutique. La preuve, c’est qu’on n’avait jamais réussi à l’isoler (précisons qu’il a été isolé en 1984 et séquencé en 1985 !). Elle a poursuivi en affirmant que le SIDA, comme toutes les autres maladies, était un problème nutritionnel et qu’il suffisait de manger sainement pour rester en bonne santé. Deux personnes assises à coté d’elle approuvaient, elles appartenaient manifestement toutes trois à l’une de ces « sectes diététiques » qui prétendent que si on se nourrit selon leurs règles (au demeurant très diverses selon les sectes !), on n’est jamais malade. A ma grande surprise, et alors qu’une trentaine de personnes assistaient à cette réunion, j’ai été le seul à réagir (après un instant de stupeur tout de même !).

J’ai appris depuis que cette colossale ineptie n’était pas une invention des personnes présentes à cette réunion, mais était véhiculée par des groupes antisciences. Une idée analogue avait même influencé Thabo Mbeki, président d’Afrique du Sud de 1999 à 2009, ce qui avait abouti à une grande catastrophe sanitaire. Si le SIDA n’est pas contagieux, inutile de prendre des précautions n’est-ce pas ? Résultat : en 2009 ce pays avait le plus fort pourcentage de séropositifs au monde.

 

Les multiples chemins de l’anti-science

« Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance mais le refus de savoir ». Simone de Beauvoir

Dans certains articles de ce blog consacrés aux biotechnologies, j’avais rapidement évoqué la position anti-science évidente de certains opposants aux OGM, notamment les plus radicaux. Je reviens plus largement ici sur l’hostilité à la connaissance scientifique, car elle est le fait de courants très divers, plus influents et plus actifs qu’on ne pourrait le croire. Lire la suite

OGM et dérives médiatiques : une apothéose !

Des additifs, à partir du 17 octobre 2012, se trouvent en fin de texte.

Depuis le jeudi 20 septembre 2012, personne n’a pu échapper à l’incroyable ramdam médiatique qui a accompagné la publication d’une étude du laboratoire de Gilles-Eric Séralini, de l’université de Caen. Ce travail concerne un maïs OGM, qui se serait avéré très toxique chez les rats lors de tests à long terme (deux ans). Le Nouvel Observateur du 20 septembre a publié un dossier titré : « Oui, les OGM sont des poisons » et son contenu a été relayé par pratiquement tous les media, journaux et radio, sans aucune précaution et avec une surenchère de titres plus accrocheurs et plus passionnels les uns que les autres. Lire la suite

Les activistes de l’antiscience

L’article de ce blog « OGM : fantasmes et réalités », écrit pour l’essentiel en 2008, manifeste des inquiétudes, largement partagées dans la communauté scientifique, toutes disciplines confondues, sur la montée en puissance des courants antiscience. L’arrachage, à deux reprises, de vignes faisant l’objet d’expérimentations au centre de Colmar de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), un organisme public, confirme malheureusement le bien fondé de ces craintes.

Mon propos ici est de faire ressortir ce qui me parait être la véritable signification idéologique de cette affaire, dans un contexte où se manifeste une inquiétante dérive du courant anti-OGM le plus extrémiste. Nous y reviendrons d’ailleurs dans un autre article, sur les soi-disant « OGM cachés ». Lire la suite